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Donnez-moi une fenêtre,

La première chose que j'ai eu envie de faire à l'annonce d'un mois supplémentaire d'emprisonnement c'est fuir très loin.

Tout mon corps a surgit dans ma gorge, tout mon corps avait juste envie de déployer toute son énergie en un seul instant fugace pour pouvoir s'auto-propulser ailleurs, en dehors de ce cauchemar de rêveur debout.

J'ai réalisé au même instant que j'étais en captivité volontaire. Que je ne fuirai pas parce que je reste pour le collectif. Parce qu'on fait ça ensemble dans l'espoir que ça s'arrête, que la santé revienne. On sacrifie la liberté pour la santé, ça semble être la chose la plus sensée à faire.

Je n'ai jamais été très saine d'esprit. J'ai envie de hurler, de courir jusqu'à l'océan, j'ai envie de l'embrasser, c'est mon lieu habituel de réconfort et là je ne peux pas, je ne peux pas le retrouver.

Je n'ai pas le choix. Ai-je le choix? Faire un choix c'est prendre une responsabilité.

Est-ce que je suis prête à prendre cette responsabilité là puisque cela engage d'autres êtres que moi?

Pourtant, je veux hurler, je veux courir loin, prendre la voiture et partir loin, sucer le bitume, prendre la poudre d'escampette. Mais il n'y a nulle part où aller n'est-ce pas?

Il faut rester là. Combien de temps? Combien de temps je suis capable de tenir pour le bien du collectif? Je ne sais pas. Est-ce que je vais m'éteindre? Est-ce que je vais disparaître ici? Est-ce que ma vie va s'arrêter alors que je serai quand même en bonne santé?

J'ai envie de désobéir. Je ne le fais pas. J'obéis. Mes cellules se révoltent.

Combien de temps cela prend avant qu'un être s'oppose à quelque chose qui l'étouffe?

Mais c'est pour le bien commun. Tu ne comprends pas? T'es stupide ou quoi?

Prend sur toi, améliore-toi, fais ce qu'il faut. Tu dois donner l'exemple. Fait ce qu'il faut.

Je veux désobéir. Tout mon corps bouge à l'intérieur il crie, il dit non, arrêtez! Arrêtez.

J'ai besoin de réfléchir, j'ai besoin de me poser. J'ai besoin de digérer ça.

C'est énorme non? C'est pas énorme?

Je ne sais pas ce qui est juste, je crois que personne ne sait. Je crois que personne ne sait. Si cela ne tenait qu'à moi je partirais. Je me mettrais à courir maintenant.

Faut-il vivre le plus longtemps possible où le plus intensément?

Donnez-moi une fenêtre, donnez-moi le choix et je prends l'intensité, le frisson à la longévité, je choisis le feu, je choisi le courant, le relief, les kilomètres, les embruns, la morsure, si ça ne tenait qu'à moi...

Mais je suis lâche. J'ai peur. J'ai peur pour les miens, j'ai peur pour ceux et celles que j'aime, j'ai peur pour moi. Je suis égoïste. Je suis si égoïste. J'ai envie de vivre, de bouger, de danser dans un ailleurs inconnu. Un endroit où je ne suis encore jamais allée. Prendre des inconnus dans mes bras, valser avec des étrangers à mon système solaire. Découvrir. Ne pas savoir. Respirer à l'air libre. Toucher la peau de quelqu'un, toucher le visage ridé de ma grand-mère.

Désobéis. Rebelle-toi. Tu l'as déjà fais tu sais.

Là je ne peux pas. J'n'peux pas. Je ne peux pas.


Mais,


Il y a toujours un endroit où je peux aller.

J'ai l'imaginaire musclé.

Je l'entraîne depuis mille ans.

Je peux bouger, courir, nager en lui.

Rêver à loisir d'autres espaces, créer des décors lunaires, des rivières d'argent, des torrents sans fin. Sourire sans peur à des créatures célestes, à des enfants à venir.

Je déménage.

J'aménage un petit coin de mon esprit,

Je compose avec d'autres paysages en attendant.


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Photo Noell Oszvald

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