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L'Art est mon patrimoine le plus précieux,

L’envie d’écrire est encore irrépressible ce matin au réveil, un élan tellement énorme que j’en tombe presque de mon lit.


Je suis très touchée par le mouvement qui s’organise depuis quelques jours autours des lieux d’Art et de Culture en France. Ca me fait l’effet d’une bouffée d’air incroyable de voir des êtres se mobiliser dans leurs corps pour dire ce qui compte pour eux, pour elle. Que des lieux symboliques et publiques soient réinvestis par leur officiants. Je m’éveille en sursaut et je sens une vague, une sève qui monte, qui monte, qui monte. Un élan de vie. Peut-être que le fait de la porter dans mon ventre depuis quelques mois accentue la présence de ce qui fait sens à mes yeux. Les hormones donnent probablement un goût différent à ce qui nous traverse pendant ces neuf mois, pendant cette expérience hors du commun. Si je dois transmettre la vie qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? j’ai besoin de me poser la question les yeux dans les yeux.


La musique et la danse, l’Art sont mon patrimoine le plus précieux. Je suis d’un peuple d’exilés, la terre n’est pas mon patrimoine, L’Art si. Outre Atlantique, une partie de mes ancêtres aux Antilles a été mise en esclavage, une situation où des gouvernements porteurs d’une idéologie, d’une manière de voir le monde l'ont imposé par la violence et la répression à des peuples pendant des siècles. La musique et la danse étaient contrôlées bien souvent interdits car ils représentaient l’identité en action, la culture, la voix, le berceau d’une possible insurrection, un espace spirituel, poétique et social où les gens au-delà du labeur pouvaient exister, s’exprimer, se recueillir, faire corps les uns avec les autres.

La musique, la danse, la création n’ont jamais été des divertissements. Ils sont l’essence de ce que nous sommes. Et de manière d’autant plus significative dans les périodes les plus dures de notre Histoire. Elles nous relient à nous même, aux autres et à ce qui nous est le plus intime et le plus sacré. Nous retirer cet espace c’est nous retirer un poumon, nous empêcher de respirer au sens le plus primal du terme. L’asphyxie n’est pas que physique dans cette histoire, elle est psychique,affective, elle est intellectuelle, poétique.


Cet Etat d’urgence est un cadeau autant qu’un fléau à mes yeux. Il me met face à moi-même, à qui je suis, à ce qui compte vraiment. Et je réalise que pour moi le plus important c’est de me sentir en lien, dans mon corps, mon esprit et mon âme à ce qui m’entoure et ce qui me traverse. Et ne me faite pas croire que vivre sa vie derrière un écran peu suffire à nourrir ces besoins fondamentaux. Voir n’est pas toucher, sentir, bouger à l’unisson. Consommer n’est pas partager.


Il y a quelques jours j’étais assise face à un employé de banque derrière son masque dans une agence quelconque et c’est tout à fait le genre de situation qui donne envie à mon esprit de tout simplement prendre la poudre d’escampette et s’évader dans une autre dimension. Je me suis mise à rêver éveillé d’un monde parallèle.

Une sorte de monde qui ne serait pas régit par le Capital, où en temps de crise comme la notre par exemple au lieu de foncer consommer ou de croire que perpétuer l’économie avant tout le reste sera notre salut, nos croyances et notre système de pensée ne nous laisserait pas d’autre option que de danser, de faire des offrandes d’Art et de création pour ramener la bonne fortune dans nos vies. Comme certains font la danse de la pluie pour contrer une sécheresse. Un endroit où l’on vénérerait les poètes pour qu’ils écrivent de magnifiques odes pour adoucir la colère des dieux qui se serait abattue sur nous pour une raison qui nous échappe (quoi que vraiment ? On a aucune idée sur la question?) Cela paraît certainement absurde dans ce contexte et obsolète mais pourquoi pas ? Cela a été une réalité il y a quelques siècles pour nos civilisations occidentales (cf Grèce antique oui oui) et ça l’est toujours j’en suis persuadée dans certains endroits du monde.


Je sors de mon rêve et je le ramène avec moi. Je vois depuis quelques jours qu’il y a des gens qui se manifestent, qui prennent l’espace public comme un espace de vie commune à nouveau.

J’ai arrêté les manifs quand j’avais 25, 26 ans, je crois que j’en ai tellement fait que j’y perdais le sens, ça devenait plus une balade de santé mais je n’en voyais plus les effets. Je me suis tellement habituée à être libre de respirer et de danser partout où j'en ai le désir que je n'ai pas réalisé que cela pouvait un jour être en danger, je me rappelle seulement que ça m’est vital. Ca parait fou!


Peut-être que le temps est revenu pour moi de sortir et de me battre. J’ai le sentiment que c’est une question de vie ou de mort, une situation d’urgence et c’est la première fois de ma vie que je l’expérimente dans mes cellules à ce point.


Je crois que ce qu’il se passe surtout en moi, et peut-être qu’encore une fois ce sont les hormones de la grossesse qui me font voir l’essentiel, c’est que je n’ai pas peur. Je n’ai plus peur de vivre ce que je ressens sans m’excuser. Je vais me tenir debout. Parce que comme dit Blanche Gardin : le confort, la sécurité ne sont pas des valeurs. La dignité c’est une valeur. »


LBB




Photo Robert Doisneau


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