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On verra bien

FIP joue « Where is my mind ? » des Pixies et je me demande où est passé mon corps. Cela fait maintenant quatre jours que notre gouvernement a décidé le confinement. J’ai enlevé mes chaussures hier, j’ai enlevé mes chaussettes je me suis mise à marcher pieds nus dans le petit bout de jardin derrière la maison où nous sommes confinés. Il y a des pâquerettes tout autour de mes pieds, des jacinthes un peu plus loin. J’ai la sensation de l’herbe sous mes pieds, je me rappelle le sol et la terre. Le reste du temps je n’arrive pas à bouger mon corps. Je ne le sens presque pas. Quelques étirements de yoga le deuxième jour et puis l’envie de rien. Je marche quelques pas, je rentre, je passe le balai, je retourne dehors. Je vois des voisins autour de moi. Juste cette vision est apaisante. Puis je retourne dans ma tête. Mon esprit construit des images, reproduit des images de moments heureux qui se sont déjà passés, il rejoue des scénarios. Je vais dehors, je prends le soleil. Je rentre. Mon esprit n’est pas confiné il semble vouloir s’échapper du corps, fuir le confinement.

Je connais ce phénomène depuis toujours. Le cerveau fuit le corps pour se mouvoir librement dans un espace sans limites, sans peurs, sans contraintes.

C’est parfois vertigineux, parfois troublant, souvent familier. Cette nuit je n’arrivais pas à dormir. Mon cerveau tournait en boucle tout seul. Je ne me suis pas levée. Je n’ai pas bougé physiquement.

J’ai improvisé une salutation au soleil allongée là, dans ma tête. Un enchaînement de 12 postures de yoga sans bouger du lit. Simplement caler la respiration sur chaque posture. Ma prof nous disait toujours, si vous êtes malades, alités, pratiquer par la pensée. Votre corps et votre cerveau travaillent main dans la main. Si l’un des deux doit prendre le relais laissez-le faire pour un temps.

Je bouge dans ma tête. Je réalise que dans l’imaginaire mon esprit se fait une idée de mes capacités en fonction de ce qu’il croit savoir de mes aptitudes physiques. Mes postures qui sont pourtant imaginaires se limitent à la souplesse que je connais de moi dans la matière.

Alors je vais essayer de progresser en rendant mon esprit plus élastique. Peut-être qu’avec le temps cela débloquera ma souplesse corporelle.

Je ne sais pas.

Tout est flou. Je dors, je mange. Je dors. Quelque chose est en sourdine. Je veux faire confiance à mon être et à ses ressources.

Je vais continuer à bouger en images. Je relis des passages de : « Corps, espace, image »Miranda Tufnell & Chris Crickmay pour de l’inspiration. Je m’illumine. Puis rien. Puis je me lève et je vais marcher pieds nus dans l’herbe derrière la maison.

Le voisin a apporté des fraises hier, les commandes s’effondrent, il nous en a fait cadeau.

Des fraises inattendues. La douceur de l’herbe. Du mouvement imaginaire.

Il n’y a rien à faire. Je ne veux rien faire. Je suis là.

Sérigraphie Summercity/Marine Somerville

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